• Exposition: Les Armes de la Capitale

Le Cap-Haïtien et la gestion des risques de catastrophes : Urgence d’agir (Collectif Tet Ansanm pou Okap)

Capitale régionale du nord d’Haïti, le Cap- Haïtien a été fondé en 1670 au pied des mornes. La ville mesurait alors 600 m de long et 300 m de large et avait en tout 56 rues, îlots et carrés. Pendant tout le 19ème siècle, la ville a évolué lentement. La situation devint autre au 20e siècle et quittant les limites anciennes, la ville est depuis en constante évolution ; dans les années 80, elle s’est étendue sur les trois sections communales que sont la Bande Nord, à l’ouest, très montagneuse, le Haut du Cap et la Petite Anse, à l’Est, entièrement localisée dans la plaine entre la rivière du Haut du Cap et la mer.

L’extension continue aujourd’hui principalement vers l’Est dans la zone de Quartier Morin et de la Petite Anse, dans les zones humides ou littorales et vers le Nord-Ouest sur les flancs des mornes. Ce sont les sections du Haut du Cap (zone de plaine) et de la Petite Anse (plaine, mangrove et dune) qui concentrent la plus grande partie de la population. Ce développement sous la pression de l’exode rurale est progressif depuis le début des années 1930 avec l’avancée sur la mer pour construire la rue A et le boulevard du Bord de Mer. Il s’est accéléré dans les années suivantes, lors des travaux du port, de l’aéroport, du Pont neuf qui ont ouvert de nouvelles zones à l’installation arbitraire et non planifiée de nouveaux habitants. Également, la ville grimpe de façon régulière dans les mornes qui limitaient autrefois son extension vers l’Ouest, sur des zones de pente moyenne et de pente forte. Des 600 m de long et 300 m de large, à l’origine, la zone urbaine s’étend maintenant sur environ 8 km d’Est en Ouest et sur 6 km du Nord au Sud. Et ce n’est pas sans conséquence !

Le Cap-Haitien qui avait créé à l’époque coloniale sur des terrains peu ou pas exposés aux risques. Cependant, l’augmentation de la population, passée d’environ 20 000 habitants, vers 1900, à 260 000 en 2012 et aujourd’hui, à près de 300 000 habitants, les infrastructures restées suffisantes jusque dans les années 80 sont devenues inadéquates. L’accélération de l’exode rurale et la lenteur des pouvoirs publics à développer les infrastructures adéquates ont conduit la ville dans la situation qui prévaut aujourd’hui. En outre, le Cap-Haïtien actuel, dans ses nouvelles limites territoriales, est extrêmement exposée aux aléas naturels, notamment les inondations, les ouragans, les tremblements de terre et les tsunamis. L'agglomération souffre d'inondations récurrentes, ce qui entraîne des pertes humaines et des dommages importants aux infrastructures et aux logements.

Le Cap-Haïtien est une ville naturellement à risque parce qu’elle est située en bord de mer. La ville a déjà été frappée par de graves catastrophes dont un tremblement de terre, des inondations et des glissements de terrain. Cependant,il n’existe pas de politique spécifique en matière de gestion des risques de catastrophes. Il existe, certes, un bureau de la protection civile au niveau national, mais la loi sur la protection civile n’a pas encore été votée au parlement, et il n’a donc aucune légitimité dans ses actions. Les principaux partenaires sont : la Croix-Rouge, les sapeurs-pompiers, l’Oxfam et les élus locaux.

Diverses études (voir les références citées) ont tenté d’analyser à partir de photos par satellite (Google Earth) et d’enquêtes sur le terrain la progression des constructions dans des endroits fragiles au niveau de la Petite-Anse et du Haut-du-Cap. En dix ans (2004-2014), l’espace occupé par des mangroves est devenu quasiment inexistant en 2017 et la largeur des cours d’eau est réduite de manière considérable.

Les enquêtes de terrain ont démontré que la majorité des personnes qui s’installe dans ces zones provient des communes avoisinantes ou des zones rurales, est motivée par l’espoir de trouver un emploi, la légitime aspiration d'une «vie meilleure». Ne disposant pas des moyens nécessaires pour mieux se loger, elles s’installent dans ces endroits impropres à la vie pour rapidement être déçues par les inondations récurrentes qui les plongent dans un état d'insécurité aggravé.

Les conséquences sont aussi graves pour la ville. Comme partout ailleurs, au Cap-Haïtien, la gestion des risques de catastrophes (GRC) et les activités de résilience urbaine est principalement l’affaire des autorités gouvernementales et municipales. Malheureusement, au fil du temps, et ce, depuis les années 1980, la non-application des normes nationales en matière de construction dans les zones inondables, l’inadéquation de planification régionale concertée de gestion des risques de catastrophes ont contribué à mettre en péril la survie de centaines de familles par an. L’absence du leadership des autorités ont créé une situation catastrophique que le changement climatique ne manquera pas d’amplifier.

Maintenant, plus que jamais, les efforts sont à intensifier pour renforcer les capacités techniques municipales dans la planification et la mise en œuvre de mesures de réduction des risques d’inondation et pour soutenir les activités de réduction des risques d'inondation, notamment la gestion des déchets et des sédiments, la gestion de l'environnement et la mise en œuvre technique du dragage. Des efforts sont aussi nécessaires entre les autorités de toutes les communes et les comités de protection civile pour la collaboration dans la gestion intégrée des risques de catastrophes.

Diverses avenues sont à explorer. La plus importante est celle qui exigerait de relocaliser les personnes vivant dans des zones impropres à la vie et de gérer adéquatement les déchets au Cap-Haïtien. Jusqu’ici les autorités tardent à mettre en place les mesures appropriées. Pour le comprendre, il faut regarder du côté de la gouvernance inadéquate à tous les niveaux, de l’inapplication de plan concerté d’aménagement du territoire et des textes de loi associés sans oublier le coût politique d’une éventuelle relocalisation des personnes des quartiers vulnérables du Cap-Haïtien.

Sources : Egentz Joseph, ©Université de Liège et de l’Université Catholique de Louvain, Egentz Joseph
Pour le document complet, consultez : Cap-Haïtien (Haïti) sous eau : chronique d’une ville non préparée au risque d’inondation
Source : Egentz JOSEPH,Mémoire en vue de l’obtention du diplôme de Master de Spécialisation en Gestion des Risques et des Catastrophes, Université de Liège, Faculté des Sciences, Département des Sciences et Gestion de l’Environnement, 2018.
Pour plus d'information, consultez le document : Cap-Haïtien : comment construire le risque d’inondations en une décennie : résumé Pour plus d'information, consultez le poster suivant : « Cap-Haïtien » or « how to ‘construct’ a flood risk in a decade »
Source : Gracia Joseph Gracius, Luc Clervil, and Pierre OZER, UR SPHERES, Hugo Observatory, University de Liège, Belgique
Pour plus d'information, consultez la présentation du projet sur le renforcement de la réduction des risques de catastrophes et la résilience urbaine à Cap Haïtien
© 2017 Programme de Prévention des Risques liés aux Catastrophes Naturelles - Facilité Mondiale pour la Prévention des Catastrophes et le Relèvement (GFDRR) - Banque Mondiale
Pour plus d'information, consultez: Analyse du risque de déplacement de populations lié au projet de développement municipal et de résilience urbaine (MDUR) : Cas de la commune de Cap-Haïtien, Haïti
Clervil Luc, Ozer Pierre
Photos aériennes : Éric Auguste

Mots-clés: Cap-Haïtien, Gestion des risques, Protection de l'environnement, Gestion des catastrophes, Prévention des risques liées aux catastrophes, Étalement urbain, Infrastructures urbaines, Autorités municipales, Gouvernance, Zones inondables, Inondations , Vulnérabilité

logo site de la ville du Cap-haitien